La trace vermillon

Titre fran├žais : La trace vermillon
Titre anglais : The vermillon trace
Titre espagnol : La huella Bermellón
Production : Riff Production
Diffusion : Arte
Année : 2002
Genre : documentaire
Prix Louis Marcorelles et Mention Spéciale du Prix du Patrimoine au festival du Cinéma du réel 2003

Résumé du film
Thèmes : famille / humanitaire

« Tous les jours de sa vie, ma mère se place devant le miroir et marque son front d’un point rouge, signe de la femme indienne qu’elle est devenue.» Cette femme modèle est aussi une mère absente. Le vide laissé par cette absence, c’est ce que sa fille, réalisatrice, essaie ici de comprendre, dans sa mémoire intime et familiale.

« Every day of her life, my mother stood before the mirror and marked her forehead with a red dot, the sign of the Indian woman she had become. » This model woman was also an absent mother. In this intimate account, her film director daughter tries to come to terms with the void left by this absence.

« Cada día de su vida, mi madre se planta frente al espejo y dibuja en su frente un punto rojo, símbolo de la mujer india en que se ha convertidos. » Esta mujer modelo también es una madre ausente. El vacío que esta ausencia deja es lo que su hija, realizadora, trata aquí de comprender, dentro de su memoria íntima y familiar.

Données artistiques
Réalisation et image : Delphine de Blic
Montage et son : Julie Béziau
Production : Caroline Erard et Alain Taïeb
Photographies : Julie Béziau et Delphine de Blic
Images super 8 : Arnaud de Blic
Assistant : Karim Hocine
Mixage : Pascal Stevens
Conformation : Nicolas Bouthier

Données techniques
Durée : 82 min
Support de prise de vue : Vidéo, DVCam
Format de prise de vue : Vidéo
Support de diffusion : Vidéo
Format de projection : Vidéo
Format du cadre / ratio image : 1.33
Format du son / ratio son : Mono
Vitesse de projection : 25 images/s
Procédé : Couleur

Existe en DVD édité par le ministère des Affaires Etrangères, DVD toutes zones, NTSC- Version française / sous-titres en anglais, espagnol

La trace vermillon

Revue de presse Arte, septembre 2004 - Document à télécharger - format pdf.

Le Monde Télévision, septembre 2004, Francis Cornu

« La vie en face » : questions d’une fille à sa mère qui semble avoir préféré l’humanitaire à sa famille.

Comment vivre auprès d’une « figure héroïque » ? Beaucoup d’enfants ont été confrontés à cette question, fréquemment liée à celle de l’ « absence » de parents, voués à une cause supérieure. Mais, dans ce cas, le problème se complique d’un paradoxe. Une mère peut-elle donner l’impression de délaisser ses propres enfants pour en secourir d’autres ?

Madeleine de Blic, qui a fréquenté l’Abbé Pierre et Bernard Kouchner, a souvent – et longtemps- quitté son foyer pour lutter contre la misère dans le sud de l’Inde. Quarante ans après, elle s’y trouve encore, presqu’indienne, vêtue du sari et marquée au front de cette « trace vermillon » qui fait le titre du documentaire réalisé par sa fille, Delphine. Celle-ci, à 30 ans, a mené l’enquête auprès de ses proches, puis de sa mère, « là-bas ». Si d’emblée on n’a pas pris la mesure du motif fondamental de la démarche de Delphine, un sentiment d’abandon que le temps n’a guère estompé, son frère se charge de mettre les choses au point avec une ironie qui en dit long : « La légende dit qu’elle [Madeleine] est allée là-bas pour donner un an de sa vie au service des plus déshérités... » Et d’ajouter : « Je me souviens de ses départs, jamais de ses arrivées. »

Delphine précise que, lors de ces retours, Madeleine était peu présente, car « éreintée ». Puis, aussitôt remise, entièrement occupée à organiser le soutien à sa mission lointaine. Bref, comme le confesse Delphine, les enfants n’admettaient « ni l’engagement ni l’absence ».

On ne peut décrire la confrontation à laquelle la mère et la fille se livrent enfin. Il faut y assister. C’est très dur, mais monté avec un grand tact. Ni l’une ni l’autre ne veulent en tirer avantage. Delphine ne règle plus ses comptes. Elle interroge comme elle s’interroge. Elle donne même à Madeleine le mot de la fin : « Tu sais, parfois on possède quelque chose mais on ne le voit pas. Tu possèdes déjà ta mère, tu connais déjà ta mère... » Allusif, aux limites du subconscient et de la poésie, ce film mis en images avec raffinement n’est pas si « personnel » et se distingue des déballages vides dont la télévision et autres médias abusent.

Télérama, septembre 2004, Erwan Desplanques

Heureuse surprise de la 25e édition du Cinéma du réel à Beaubourg en 2003, ce superbe documentaire mérite amplement sa Mention spéciale du jury. La réalisatrice a voulu filmer sa propre quête, déchirante, désespérée, et lâcher un cri capable de combler un vide immense. Celui laissé par sa mère, partie il y a quarante ans dans le sud de l’Inde aider des enfants qui ne sont pas les siens. « Tous les jours de sa vie, raconte Delphine de Blic, ma mère se place devant son miroir et marque son front d’un point rouge, signe de la femme indienne qu’elle est devenue. » Femme admirable aux allures de Mère Teresa, parangon de l’engagement humanitaire, Madeleine de Blic a toujours été une mère absente.

La première partie du film incarne cet éloignement géographique –et affectif- en recueillant les témoignages de ses proches, en montrant les coupures de presse laudatives, et en repoussant au maximum l’instant de la rencontre mère-fille. Absente des quinze première minutes, Madeleine de Blic occupe alors brusquement tout l’espace. Filmée plein cadre, la madone des miséreux, vieil oisillon d’allure autoritaire, peine à comprendre la démarche de sa fille, en larmes derrière la caméra. « Pour moi, ce n’était pas sacrifier mes enfants, je les ai mis devant la difficulté du temps partagé. » Pas convaincue, la fille achève son film intimiste, remarquablement construit, par une minute de plan fixe sur un fauteuil vide. Manière d’insister, une ultime fois, sur ce manque d’affection que n’a jamais pu pallier la fierté d’avoir une mère aussi charitable.