Tout entière dans le paysage

Titre du film : Tout entière dans le paysage
Production : Le Fresnoy - Studio national
Coproduction : Dimson
Année : 2006
Genre : documentaire

Résumé du film
Thèmes : paysages / camps / mémoire / histoire

En février 1939, cinq cent mille réfugiés espagnols passent par la frontière française. Ils sont regroupés dans des camps qui serviront plus tard à l'internement des exclus de la Révolution Nationale, ces «Indésirables », Français, Juifs, exilés et antinazis de toute l'Europe. « Tout entière dans le paysage » est une recherche autour de la mémoire de ces camps du sud de la France : Gurs, Rieucros, Rivesaltes, Brens, Septfonds, Noé, le Récébédou...

In February of 1939, five hundred thousand Spanish refugees crossed the border into France. They were gathered into the same camps that were later to be use for the imprisonment of the refuse of Vichy’s Révolution Nationale, whether French, Jewish, exiles or anti-Nazis from all over Europe.“Tout entière dans le paysage” is an inquiry into the memory of these camps in Southern France: Gurs, Rieucros, Rivesaltes, Brens, Septfonds, Noé, le Récébédou...

Données artistiques
Réalisation : Delphine de Blic
Image : Delphine de Blic , Quentin Lepoutre
Son : Julie Béziau, Sandra Dorville
Montage image et son : Julie Béziau
Mixage : Christian Cartier
Musique : Nicolas Bonet
Musique originale : oui
Compositeur et interprète : Nicolas Bonet

Données techniques
Durée : 58 min
Support de prise de vue : Vidéo, DVCam
Format de prise de vue : Vidéo
Support de diffusion : Vidéo
Format du cadre / ratio image : 1.33
Format du son / ratio son : Stéréo
Vitesse de projection : 25 images/s
Procédé : Couleur
Version son : Dialogues / Voix off
Langue de la version originale : français
Sous-titre en anglais

Tout entière dans le paysage

Bénédicte Pélissié du Rausas, géographe

« Pour nous parler des femmes dans les camps français de l’internement, camps d’une déportation possible vers l’Allemagne, Delphine de Blic passe par la médiation de la géographie « seule composante invariable de l’histoire » (Bismarck). Tel le géographe, Delphine de Blic pose son regard sur les paysages, y cherche des repères, des signes, en quête des mystères inaccessibles qu’ils recèlent.

En passant d’un paysage à l’autre, elle dévide pas à pas le fil magique du labyrinthe et nous perd dans ces traversées sur le chemin des morts. La caméra muette interroge les lieux et nous en dévoile d’abord les permanences physiques : humus profond des sols, racines, forêts, brouillards, brume, neige, cours d’eau, lacs gelées…tout ce que son père lui a transmis, une recherche dans la nature des chemins cachés de la sagesse. Ces éléments naturels accompagnent les jours, les nuits, de nous, vivants des territoires, comme ils ont accompagné ceux des hommes et des femmes des années 40, habitants eux aussi de passage, disparus de ces mêmes paysages.

Le hasard d’un moment devient trace du passé, porteur d’émotion, symbiose du vécu des internées : l’aboiement du chien, le coup de feu du chasseur, le grondement tumultueux du Tarn, la beauté du dernier rayon du soleil d’automne dans les mélèzes. En vain la caméra cherche un sens. Ces cabanes de bois derrière le grillage, à Brens, sont-elles des baraquements ou un hangar délabré d’agriculteur ? Pourquoi ce panneau fléché tordu indiquant « parloir » sans parloir au bout ? Que font ces restes brisés de lits de camp, de châlits, au fond du grenier d’une maison de pierre, perdue au milieu de la forêt de Rieucros? Et ces lions figés, saupoudrés de neige, gardiens muets du paysage ou de l’histoire, qu’attendent –ils au bord du lac de Wannsee ? Tout est oubli, recouvert par la vie : les enfants jouent, les tracteurs labourent, les camions filent les routes, les trains traversent les villes, la maison de pierre de la Kommandantur fait peau nette, les vivants parlent, s’approprient les territoires, les habitent de rires et de longs appels de guitares.

Entrer dans le paysage, c’est entrer dans la quête des lieux transfigurés par les traces et les résurgences de l’oubli en cours.

Quels vecteurs alors pour la mémoire ? La plaque commémorative ou la parole de ceux qui se souviennent encore ? Qui croire ? Ici Delphine de Blic entre dans les mémoires. D’une mémoire à l’autre elle parcourt les générations qui la séparent de l’objet de sa recherche. Ceux ou celles qui ont pénétré dans certains de ces camps, ceux qui se sont consacrés à comprendre, ceux qui n’y ont pas fait attention. Ici commence l’histoire dans la critique des mémoires, mémoires déchirées, effacées, recrées. »